Joseph Kessel : Ami, si tu tombes ...
Un témoin parmi les hommes
L'adolescence est souvent le temps des découvertes inoubliables. Découverte de la vie, de ses bonheurs, de ses malheurs. Découverte d'une certaine littérature, aussi. Une littérature qui invite au rêve, au voyage, à l'ouverture sur le monde et sur l'inconnu. Joseph Kessel a fait partie de ses auteurs qui ont bercé mon imaginaire.
Toute sa vie est placée sous le signe de ses origines cosmopolites. Juif, russe puis français. Bien que né en Argentine, Joseph Kessel passe son enfance en Oural et dans le Lot et Garonne, avant que ses parents ne se posent définitivement à Nice, puis à Paris. Infirmier brancardier quelques mois en 1914, il rentre en 1915 au Journal des débats comme chroniqueur en politique étrangère.
Le suicide de son jeune frère, Lazare, est l'événement qui bouleversera la vie de Joseph Kessel. Il décrira cette profonde déchirure dans son roman "La tour du malheur". Il ne remettra jamais de cette brutale disparition. Toute sa vie, il cherchera à compenser cette perte irrémédiable dans ses amitiés et ses comportements excessifs.
Fin 1916, il s'engage dans l'artillerie, puis dans l'aviation. Il servira au sein de l'escadrille S. 39. Joseph Kessel reprendra son expéreince dans son premier roman à sucès "L'équipage". A la fin de la guerre, il prend la nationalité française. Joseph Kessel
reprend alors sa collaboration au Journal des débats et travaille pour d'autres journaux, notamment Liberté, Le Figaro et Le Mercure de France. Il entame une double carrière de reporter et d'écrivain qui le suivra toute sa vie.
Joseph Kessel sera partout et de tous les combats pour la liberté. Il couvre la révolution irlandaise, dont il tirera une nouvelle : "Marie de Cork". Il explore les bas-fonds de Paris à Berlin et s'en fait le chroniqueur réaliste dans "Nuits à Montmartre" et "Les bas-fonds de Berlin". Dans le Sahara, il suit les avancées de l'aéropostale et vole sur les premières lignes de cette compagnie mythique. Il devient l'ami de Mermoz - dont il écrira une biographie éponyme - et de Saint Exupéry. Comme si cela ne suffisait pas à son palmarès, il traquera les derniers négriers sur la mer rouge en compagnie d'Henri de Monfried, et acquiert la renommée grâce à une série d'articles sur le trafic d'esclaves en 1930.
De toutes ses expériences, Joseph Kessel tirera la matière de ses livres. De "La steppe rouge" en 1922, au "Rois aveugles" en 1925 - prix de l'Académie française en 1927 - en passant par "L'équipage" ou "Les mémoires d'un commissaire du peuple", toutes ces aventures auront été vécues par lui. Il couvrira pendant près de 50 ans tous les grands événements du monde.
En juillet 1936, alors que la guerre civile éclate en Espagne, Pierre Lazareff, patron de Paris Soir, propose à Joseph Kessel de couvrir le conflit républicain. Il devient
correspondant de guerre. Il le sera encore lors de la guerre de 1939 - 1940. Il refusera la défaite et rentrera dans la résistance en zone occupée dès 1940. En 1942, il rejoint Londres avec son neveu, Maurice Druon, et s'engage dans les Forces Françaises Libres. Il est nommé capitaine d'aviation et sert dans une escadrille de nuit, chargée de donner des consignes à la résistance. C'est en hommage à ces hommes et à ces femmes - anonymes et courageux - que Joseph Kessel écrit son superbe roman "L'armée des ombres" en 1943. La même année, avec Maurice Druon pour les paroles et Anna Marly pour la musique, il écrit "Le chant des partisans" qui sera fredonné par tous les résistants, partisans et maquisards. Ce chant deviendra l'hymne de la résistance et l'ode à la liberté.
A la libération, Joseph Kessel reprend ses activités de journaliste et d'écrivain. En 1948, il est le premier étranger à obtenir le visa d'entrée pour Israël, devenu indépendant.
EN 1960, après la publication de son étrange roman "Les mains du miracle", Joseph Kessel - éternel voyageur - repart en Afrique, en Birmanie et en Afghanistan. C'est ce dernier pays qui lui inspire un de ses plus grands chefs d'oeuvre "Les Cavaliers". Le roman est entièrement consacré aux cavaliers des steppes d'Asie Centrale exaltés par une liberté totale pour un jeu : le Bouzkachi.
Le 22 novembre 1962, Joseph Kessel est officiellement reconnu par ses pairs et consacré. Il rentre à l'Académie française au fauteuil du duc de la Force. Lui, le fils d'émigrés juifs, romancier et aventurier, coupable de tous les excès, buveur, ripailleur,
joueur, opiomane, coureur de jupons, est reçu sous la coupole avec les honneurs dus à son rang.
Joseph Kessel fait partie de cette génération d'écrivains en prise avec la réalité, tout à la fois aventuriers, journalistes ou globe-trotteurs, au même titre que Blaise Cendrards, Pierre Mac Orlan, Antoine de Saint Exupéry, André Malraux ou Ernest Heminway et bien d'autres.
Il a su créer un genre nouveau dans le roman, celui du roman-reportage, variante moderne du roman d'aventures classique dans lequel le vécu de l'auteur inspire largement la fiction. Il nous laisse une oeuvre riche de plus de 80 livres, qui permettent de se faire une idée des qualités humaines de ce conteur de talent.
Quelques-unes de ses oeuvres :
L'Equipage - 1925
Les Rois aveugles - 1925
Mary de Cork - 1925
Mémoires d'un commissaire du peuple - 1925
Belle de jour - 1928
Fortune carrée - 1932
Bas-fonds - 1932
Nuits de Montmartre - 1932
La passante du sans-souci - 1936
Mermoz - 1939
L'Armée des ombres - 1943
Le lion - 1958
Pour l'honneur - 1964
Les Cavaliers - 1967