Par-delà les différences
L'ami retrouvé - Fred Uhlman
(Folio n° 1463)
"Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort".
Hans Schwarz, avocat new yorkais d'origine allemande, s'est toujours appliqué à oublier sa langue maternelle, à ne plus lire aucun auteur allemande, évite - autant que possible - de rencontrer des Allemands. Non pas qu'il les déteste. Il tente simplement d'oublier un passé douloureux. Mais le passé est toujours là, dans un coin, à vous guetter et prêt à refaire surface. C'est ce qui lui arrive un jour, lorsqu'il reçoit un courrier de son ancien lycée de Stuttgart - le Karl Alexander Gymnasium - remonté de son histoire antédiluvienne.
Tout commence le jour où un nouvel élève arrive dans la classe de Hans Schwarz. Ce qui le frappe et l'impressionne chez ce jeune garçon de seize ans, ce sont tout à la fois son élégance naturelle, la délicatesse de ses gestes, son attitude courtoise envers les autres lycéens, mais aussi sa descendance.
Car cet élève n'est pas comme les autres, même si le Karl Alexander Gymnasium est un établissement réputé et bien fréquenté. Cet élève est Conrad Graf von Hohenfels, aristocrate allemande de haute lignée. Pour Hans, cette rencontre est comme un coup de foudre, une passion, un attirance. Lui qui n'a jamais eu d'amis dans sa vie, décide que Conrad sera le premier. "Il n'y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l'amitié, pas un seul que j'admirais réellement, pour qui j'aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d'une confiance, d'une abnégation et d'un loyalisme absolus".
Pour se faire remarquer de Conrad, il se prend d'intérêt pour les cours en se manifestant dès qu'il a quelque chose de pertinent à dire. Cela a au moins pour objectif d'attirer l'attention de ses professeurs et du Caviar, petite confrérie de jeunes snobs persuadés de leur supériorité sociale et intellectuelle. C'est la collection de pièces grecques qui
va rapprocher Hans et Conrad. Petit à petit, ils deviennent inséparables. Ils se trouvent des passions communnes pour la poésie, la littérature, l'art, le théâtre, l'opéra ... et les filles, qu'ils imaginent comme des êtres suprêmes. La classe, d'abord étonnée et abasourdie, se fait à cette nouvelle amitié. "Etonnée au début, toute la classe prit bientôt notre amitié pour argent comptant, sauf Bollacher, qui nous surnomma "Castor et Pollack", et le Caviar, qui décida de nous à l'écart".
Rien - ou presque - ne vient perturber cette amitié idéale, s'il n'y avait ces rumeurs de conflits politiques entre nazis et communistes. Mais tout cela est loin, là-bas, à Berlin. Stuttgart est une ville paisible, calme et ordinaire, à l'écart des tupitudes de quelques agités. Cependant, si Hans prend plaisir à inviter Conrad chez lui pour partager des instants d'amitié unique et d'échanges, l'inverse ne se produit pas. Ou bien, s'il se produit, c'est en l'absence des parents de Conrad. Très vite, Hans comprend qu'il y a des barrières les séparant à jamais. Non pas sociales, mais plutôt morales, religieuses. Hans est Juif, assimilié certes, mais Juif quand même. En 1932, c'est presque déjà une tare imparable. La mère de Conrad - Polonaise - se refuse à parler à un Juif, fût-il le meilleur ami de son fils. Et puis, la tempête s'amorce. Les parents de Hans décident de l'envoyer aux Etas-Unis. Ils ne reverra jamais ni Stuttgart, ni ses parents, ni Conrad.
"L'ami retrouvé" de Fred Uhlman est sans aucun doute un des plus beaux livres sur l'amitié
jamais écrit. C'est un livre pur, sensible et fort à la fois. On y retrouve l'idéal de l'amitié et le romantisme de ce sentiment que l'on connaît souvent aux premières heures de l'adolescence. Hans s'est trouvé dans Conrad. Conrad s'est reconnu chez Hans. L'osmose est parfaite. Aucune viloence, aucun ressentiment, pas de haine ni de rancoeur pour cette Allemagne qui lui a donné le plus beau et qui lui a pris le merveilleux.
"L'ami retrouvé" est une petite pépite de la littérature, un joyau de l'écriture que je relis très souvent, rien que pour le plaisir de me replonger dans ces paysages envoûtants. Comme l'a écrit Arthur Koestler dans la préface : "Il n'y a là rien de la fureur wagnérienne : c'est comme si Mozart avait écrit "Le Crépuscule des dieux".
(Folio n° 1463)
"Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort".Hans Schwarz, avocat new yorkais d'origine allemande, s'est toujours appliqué à oublier sa langue maternelle, à ne plus lire aucun auteur allemande, évite - autant que possible - de rencontrer des Allemands. Non pas qu'il les déteste. Il tente simplement d'oublier un passé douloureux. Mais le passé est toujours là, dans un coin, à vous guetter et prêt à refaire surface. C'est ce qui lui arrive un jour, lorsqu'il reçoit un courrier de son ancien lycée de Stuttgart - le Karl Alexander Gymnasium - remonté de son histoire antédiluvienne.
Tout commence le jour où un nouvel élève arrive dans la classe de Hans Schwarz. Ce qui le frappe et l'impressionne chez ce jeune garçon de seize ans, ce sont tout à la fois son élégance naturelle, la délicatesse de ses gestes, son attitude courtoise envers les autres lycéens, mais aussi sa descendance.
Car cet élève n'est pas comme les autres, même si le Karl Alexander Gymnasium est un établissement réputé et bien fréquenté. Cet élève est Conrad Graf von Hohenfels, aristocrate allemande de haute lignée. Pour Hans, cette rencontre est comme un coup de foudre, une passion, un attirance. Lui qui n'a jamais eu d'amis dans sa vie, décide que Conrad sera le premier. "Il n'y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l'amitié, pas un seul que j'admirais réellement, pour qui j'aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d'une confiance, d'une abnégation et d'un loyalisme absolus".Pour se faire remarquer de Conrad, il se prend d'intérêt pour les cours en se manifestant dès qu'il a quelque chose de pertinent à dire. Cela a au moins pour objectif d'attirer l'attention de ses professeurs et du Caviar, petite confrérie de jeunes snobs persuadés de leur supériorité sociale et intellectuelle. C'est la collection de pièces grecques qui
va rapprocher Hans et Conrad. Petit à petit, ils deviennent inséparables. Ils se trouvent des passions communnes pour la poésie, la littérature, l'art, le théâtre, l'opéra ... et les filles, qu'ils imaginent comme des êtres suprêmes. La classe, d'abord étonnée et abasourdie, se fait à cette nouvelle amitié. "Etonnée au début, toute la classe prit bientôt notre amitié pour argent comptant, sauf Bollacher, qui nous surnomma "Castor et Pollack", et le Caviar, qui décida de nous à l'écart".Rien - ou presque - ne vient perturber cette amitié idéale, s'il n'y avait ces rumeurs de conflits politiques entre nazis et communistes. Mais tout cela est loin, là-bas, à Berlin. Stuttgart est une ville paisible, calme et ordinaire, à l'écart des tupitudes de quelques agités. Cependant, si Hans prend plaisir à inviter Conrad chez lui pour partager des instants d'amitié unique et d'échanges, l'inverse ne se produit pas. Ou bien, s'il se produit, c'est en l'absence des parents de Conrad. Très vite, Hans comprend qu'il y a des barrières les séparant à jamais. Non pas sociales, mais plutôt morales, religieuses. Hans est Juif, assimilié certes, mais Juif quand même. En 1932, c'est presque déjà une tare imparable. La mère de Conrad - Polonaise - se refuse à parler à un Juif, fût-il le meilleur ami de son fils. Et puis, la tempête s'amorce. Les parents de Hans décident de l'envoyer aux Etas-Unis. Ils ne reverra jamais ni Stuttgart, ni ses parents, ni Conrad.
"L'ami retrouvé" de Fred Uhlman est sans aucun doute un des plus beaux livres sur l'amitié
jamais écrit. C'est un livre pur, sensible et fort à la fois. On y retrouve l'idéal de l'amitié et le romantisme de ce sentiment que l'on connaît souvent aux premières heures de l'adolescence. Hans s'est trouvé dans Conrad. Conrad s'est reconnu chez Hans. L'osmose est parfaite. Aucune viloence, aucun ressentiment, pas de haine ni de rancoeur pour cette Allemagne qui lui a donné le plus beau et qui lui a pris le merveilleux."L'ami retrouvé" est une petite pépite de la littérature, un joyau de l'écriture que je relis très souvent, rien que pour le plaisir de me replonger dans ces paysages envoûtants. Comme l'a écrit Arthur Koestler dans la préface : "Il n'y a là rien de la fureur wagnérienne : c'est comme si Mozart avait écrit "Le Crépuscule des dieux".
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